Les Dangers de la Politesse

LES DANGERS DE LA POLITESSE

 

“Post coitum animal triste est”

 

Un masque de joie aux yeux bleus qui brillent et aux pommettes rouges d’excitation. Dans ce bar musical Ernest contemplait le visage énigmatique de la jeune battériste qui avait quitté l’estrade pour un break. Il se souvenait vaguement qu’elle s’appelait Lynn. A sa surprise, elle s’était faufilée à travers le public jusqu’à lui.

-          Très sexy!  s’était-il risqué à lui dire.

-          La même chose pourrait se dire de toi.

Haha!.. S’était-il contenté de réagir.  Mais la chose le travaillait. Au cours d’une rencontre antérieure ne lui avait-elle pas avoué comme une évidence (est-ce que tu ne le savais pas?) qu’elle aimait les femmes en précisant qu’elle vivait depuis un temps avec sa compagne. Il s’était alors contenté d’un “bon” en repoussant ses propres sentiments d’un insouciant “et pourquoi pas”.  Et maintenant il y avait cette ambiguïté, assez désarçonnante en vérité lorsque, après avoir siroté le martini de la décompression auquel il l’avait invitée, elle lui avait demandé s’il restait jusqu’à la fin du concert. Elle avait insisté devant son silence.  Lui  avait hésité, puis par esprit de politesse plus que par conviction – en plus il se sentait fatigué – ,  il avait promis qu’il resterait.

-          Alors on se revoit tout à l’heure?

Deux heures plus tard Lynn était assise à ses côtés dans sa voiture en route vers… vers où en fait?… Il ne le savait pas. Il avait embarqué sa batterie sur la banquette arrière et elle lui donnait des indications – supposait-il – pour sa maison. Après une petite heure au cours de laquelle elle lui avait fait prendre diverses routes, une autoroute, une route nationale, puis des voies locales en pleine campagne, elle lui dit de s’arrêter. Ils s’était garé devant une sorte de grange,  Elle sortit de la voiture et se dirigea vers une combi qui se trouvait un peu plus loin. Il lui demanda s’il fallait déposer le matériel de batterie dans la grange.

-          Non je préfère qu’on la mette dans la camionnette.

Elle ouvrit la portière arrière et commença à décharger. Il l’aida et en en quelques minutes ils avaient tout déménagé, toms, caisse claire, bassdrum et cymbales.

-          Je te laisse?

-          Tu veux pas rester un peu?…

Ses beaux yeux bleus se firent doux et rieurs. Ernest ne put résister. Ils entrèrent alors dans la grange.  Ses yeux eurent besoin de quelque temps pour s’habituer à l’obscurité ambiante; L’interrupteur qu’elle avait actionné donna vie à une petite ampoule qui ne lui faisait voir que le mystère de la jolie battériste, assise, à califourchon sur un matelas, les mains posées sur les genoux,  jouant à ouvrir et fermer les jambes. Ce faisant elle déployait devant les yeux éblouis d’Ernest un spectacle de plis et de replis suggérant à travers l’entrejambe de son jean un paradis des plus charnels.

Ernest, oubliant sa fatigue, ne résista pas à ce qui était une indubitable invitation à l’amour et  - politesse oblige – laissa s’écrouler son corps sur le sien comme un pion sur les cases d’un échiquier. La chute fut douce, le corps qui le reçut chaleureux et accueillant.

Il ne saurait jamais vraiment comment les choses s’étaient  passées ensuite. Lorsqu’il sortit de l’enchantement la lumière dure et intense d’une lanterne était braquée sur lui. Des voix brutales résonnaient dans la grange.  Il était seul sur le matelas. Trois hommes en uniforme bleu pointaient la menace de leurs armes sur lui. Honteux de se trouver là, le pantalon baissé, son premier mouvement était de rajuster ses vêtements. Une voix hargneuse  lui dit de ne pas bouger.  Il protesta.

-          Pas un mot, toi! … Tu auras tout le temps de parler tout à l’heure.

Dans sa tentative de relever son pantalon, il vit les inquiétantes taches rousses sur le matelas. Un cri d’épouvante lui échappa. Un mal assourdissant s’installa ensuite dans sa nuque et il rejoignit  à nouveau la nuit obscure.

 

***

 

-          Ernest Scribouille?…

Il se leva de sa litière et rejeta la couverture malodorante que,  sous la contrainte du froid qui régna dans la cellule, il s’était résigne à utiliser. On l’y avait installé en lui laissant ses  vêtements. Lui manquaient sa montre,  son fric, sa ceinture et les cordons de ses souliers. De plus, de lourdes menottes empêchaint tout mouvement de mains.  La porte de sa cellule était ouverte. Un policier grassouillet au regard ennuyé l’attendait dans l’ouverture.

-          Veuillez me suivre?

-          Où ça?

Le gros lui offrit un regard  peu amical en guise de réponse. Ernest soupira. Il faudra se résigner. On le fit attendre quelque temps devant la verrière d’une porte fermée, puis une voix grogna qu’il pouvait entrer. Le policier le saisit à l’épaule droite et le poussa à l’intérieur.  Devant lui, assis derrière un bureau métallique, couleur caca d’oie, un moustachu affublé d’un képi,  le dévisagea en silence, puis lâcha la formule accoûtumée:

-          Vous voulez être assisté d’un avocat?… Ernest ne savait pas bien quoi faire.

-          Peut-être, oui, mais je n’ai rien fait de mal….Une moue de dégoût se forma sur les lèvres du moustachu….

-          Votre réponse, Monsieur, n’est pas des plus originales, surtout dans votre cas…  Sachez aussi, que tout ce que vous pouvez dire ici, peut être utilisé contre vous… Alors vous pensez vous faire assister d’un avocat?

-          Je n’en connais pas.

-          Je peux en désigner un d’office.

-          D’accord.

-          Bien,  en attendant, et il désigna un tabouret métallique de la même couleur que son bureau, asseyez-vous là.

Il se leva pour appeler un assistant qui s’installa à ses côtés derrière le clavier de son ordinateur. L’homme au képi (un commissaire?) lui apprit qu’ils allaient procéder à la rédaction d’une constatation des faits qu’après lecture,  il pourrait signer pour accord ou non.  Il ne restait à Ernest qu’à prendre son mal en patience.  Il vit le policier appelé à la rescousse taper comme un perdu, copiant les notes que son chef lui avait refilées,  s’arrêtant parfois pour consulter en silence le moustachu qui des fois acquiesca et d’autres lui reprit le clavier des mains pour effacer certaines lignes et les remplacer ça et là par des phrases tapées avec lenteur avec les deux index, parfois assistés du pouce. Ernest les observa avec curiosité. Cela dut énerver le commissaire qui appela le gardien.

-          Reconduis ce monsieur dans sa cellule…. On vous rappellera lorsque le juge d’instruction sera ici et s’il lui est possible de venir, aussi votre avocat. Et s’adressant de nouveau au gardien, en attendant servez le petit déjeuner à ce Monsieur.

 

Le petit déjeuner, un pain au fromage et un grand bol de café aqueux, eurent pour effet de remettre en marche la machine à penser d’Ernest. Dans sa tête se poursuivaient les images de la nuit dernière. Le visage joyeux de la la battériste, le trajet labyrinthique en voiture, la grange en pleine campagne, la combi où ils avaient déposé la batterie.  Le flux d’images s’arrêta sur ce point.  La camionnette, était-elle encore là quand les policiers entrèrent dans la grange?… Faudra leur demander, ça pourrait être un élément clé pour sa défense… Puis ses pensées  se remirent à bouger, mais plus lentement, évoquant la douce sensualité de sa nuit d’amour sur ce matelas où le réveil en solitaire avait été si brutal, avec la découverte des taches de sang sur le matelas.

L’idée qu’il était suspect d’un assassinat s’installa clairement dans sa tête. Mais y avait-il victime? Il n’avait vu aucun corps à ses côtés lorsque les policiers l’avaient saisi en plein flagrant délit d’assoupissement post-coïtal. C’était trop absurde tout ça, et injuste, s’insurgea-t-il.  J’ai bien fait de demander un avocat. Pourvu qu’il soit bon, car pour démêler les fils de cet écheveau,  il devra l’être.

L’avocat était une avocate. Et en plus elle portait un nom exotique. Lorsqu’on la fit entrer dan sa cellule plusieurs heures plus tard, la première chose qu’elle fit était de se présenter.

- Artemisa Emiliano, je suis votre avocate, et se dirigeant au gardien, Vous pouvez disposer.

Celui-ci hésita un moment puis s’éloigna pour se positionner derrière la porte, qu’il laissa entrouverte. L’avocate attendit le temps qu’il fallait pour qu’elle entende ses pas s’éloigner, puis demanda de raconter en détail sa version des faits tels qu’ils s’étaient produits la nuit antérieure.  Pendant qu’il lui fit le récit de sa mésaventure, il observa le regard qu’il crut bienveillant, qui émanait de ses yeux couleur de miel. De temps en temps elle l’interrompait pour qu’il donne des précisions. Au fur et à mesure de cette conversation il se sentit comme happé par sa personne,  son corps gracieux,  revêtu avec goût d’un tailleur gris foncé et d’une jupe courte de la même couleur,  son visage, d’un ovale allongé,  ses lèvres généreuses  qui trahissaient un antécédent noir. Décidément cette avocate n’était pas originaire du pays. D’étranges mélanges habitaient cet esprit qui accueillait ses paroles. Ernest reprit confiance et se dit qu’en fin de compte, vu aussi qu’il n’avait rien à se reprocher, au moins dans le domaine judiciaire, il parviendrait bien, avec son aide, à prouver son innocence. C’est à ce moment-là que lui vint à l’esprit de demander qui était la victime. Les yeux couleur de miel de l’avocate perdirent du coup toute leur bienveillance.

-          Mais ne le savez-vous pas? C’est la fille même que vous avez emmenée là après le concert.

-          Impossible!… Le mot tarda à sortir de la bouche d’Ernest, abassourdi par la révélation que venait de lui faire l’avocate… Mais je ne lui ai rien fait.

-          C’est ce que vous devrez expliquer à la justice.

 

***

 

Une heure plus tard, Ernest et son avocate étaient dans le petit bureau du commissaire.  A côté de celui-ci un autre homme, d’âge avancé, chaussant lunettes et grisonnant, avait pris place. C’est lui maintenant qui dirigeait l’interrogatoire.  Il s’identifia comme juge d’instruction et répéta l’avertissement du commissaire que tout ce qu’il dirait ici pourrait être utilisé contre lui. Ernest hocha la tête, mal à l’aise. Puis commença l’interrogatoire.  Ernest délégua la parole à son avocate qui relata de façon détaillée sa version des faits. Ensuite le juge d’instruction lut le procès-verbal des policiers où Ernest écouta horrifié la description du cadavre, qu’on avait découvert,  la jugulaire tranchée, les yeux éborgnés et le visage rendu méconnaissable par une série de coups de couteau et précisa-t-on l’arme du crime ensanglantée, une Opinel, portait les empreintes digitales du suspect, lui donc, ainsi que des traces d’ADN qui renvoyaient à l’identité du même. Ernest balbutia:

-          Mais je n’y suis pour rien et je n’avais pas de couteau sur moi et…

-          Cela c’est vous qui l’affirmez, mais les constatations de la police scientifique suggèrent autre chose, lui dit le juge d’instruction.

-          Mais, insista Ernest, comment avez-vous été averti qu’un crime avait été commis dans cette grange?…

-          Monsieur, ici c’est nous qui posons les questions.

-          Et – Ernest, se rappela la présence de la combi – n’y avait-il pas une camionette dehors avec les pièces de la batterie de la victime?… Le commissaire et le juge d’instruction se regardèrent en silence, puis sur un mouvempent de tête du commissaire, le juge d’instruction lui répondit:

-          Non Monsieur, l’unique voiture garée près de la grange était la vôtre et les pièces de batterie se trouvaient sur la banquette arrière.

Sur ce le juge d’instruction lut l’acte d’inculpation qui lui apprit que Monsieur Ernest Scribouille, auteur présumé du meurtre commis avec violence et préméditation sur la personne au nom de Lynn Boone, serait transporté vers la prison centrale en attendant son procès et que provisoirement, seule Madame Artemisa Emiliano, adjugée à sa défense, aurait l’autorisation de le visiter.  Sur quoi trois policiers en armes entrèrent au bureau, se saisirent de lui et l’emmenèrent vers le panier à salade qui tout ce temps avait dû l’attendre devant le commissariat.

***

 

Cela faisait deux semaines qu’Ernest Scribouille arpentait l’espace réduit de la céllule qu’on lui avait attribuée. Il y résidait seul ce qui devait exciter la jalousie des codétenus qui se partageaient à deux et parfois à trois les rares commodités de leur cellule, incluant un wc, une douche et surtout une télé dont ils se disputaient la télécommande.  Son avocate était venue le visiter deux fois, pour l’informer sur l’avancement de son affaire. Elle était pessimiste. S’il continuait à nier les faits on devrait produire son procès en assises devant un jury de citoyens peu aux faits des us et coutumes d’un tribunal et probablement ignorants de la terminologie qui s’y employait.

-          Ils sont sentimentaux et particulièrement  influençables  par les paroles d’accusation d’un procureur. En plus l’horreur du crime commis risque de les prédisposer négativement envers vous.

-          Y a-t-il moyen de l’éviter?

-          Oui mais cela impliquerait une modification complète de notre système de défense.

-          Je ne vois pas bien comment le changer.

-          Vous voulez que nous plaidions non coupable…

-          Bien sûr puisque je le suis… Un leger sourire affleura  à ses  lèvres sensuelles, qu’elle réprima aussitôt…

-          Vous n’avez aucun argument jusqu’ici pour fonder cette position. Au contraire tous les éléments que nous possédons  vous sont défavorables… Un élément non élucidé surgit dans l’esprit d’Ernest…

-          Il y a cette question que j’ai posée au juge d’instruction et à laquelle il a refusé de répondre.

-          Oui, je me souviens,  à savoir qui avait alerté la police. Cela m’a intrigué et j’ai fait mes recherches. Il s’agit d’un coup de fil anonyme.

-          Y a-t-il encore vraiment des appels anonymes le jour d’aujourd’hui?

-          La police l’a tracé. L’appel venait d’une cabine publique située dans la ville la plus proche du lieu du crime. Il n’ont pas trouvé d’empreintes digitales intéressantes.

-          Pas les miennes, ironisa Ernest.

-          Ni celles de la victime, je suppose.

-          Alors que proposez-vous Madame?

-          Tout d’abord, malgré votre réticence,  de plaider coupable. Ensuite de vous faire faire une analyse psychologique qui prouverait que vous n’avez pas agi en connaissance de cause.

-          Aurais-je été saisi par une attaque soudaine qui m’aurait troublé l’esprit de telle façon qu’elle aurait métamorphosé mes agissements amoureux en  folie meurtrière?  Mais ça n’a ni queue ni tête.

-          La folie n’a ni queue ni tête, cher Monsieur, et je ne vois pas d’autre moyen de vous innocenter.

-          Et de me faire enfermer dans un asyle de fous pour le reste de mes jours.

-          Le temps qu’il vous faudra pour guérir,  puis vous serez de nouveau libre.

 

 

 

***

 

Il y avait cinq ans jour pour jour, c’était un 21 mars, le début du printemps, qu’Ernest Scribouille avait été interné à Saint Basile. Son avocate était allé chercher un neuropsychiatre bizarre, doublé d’un psychanaliste à la terminologie grandiloquante. Il attira son attention par sa soyeuse chevelure blanche et ses gestes efféminés, ce qui lui valut de la part d’Ernest, le sobriquet de Lady Tout Blanc, vu aussi sa préoccupation charitable envers lui.  Ensemble ils avaient concocté une explication de psy pour l’inexplicable assasinat qu’il aurait commis. Souffrant de crises d’épilepsie depuis son enfance – le médecin de chevet de famille qui était venu témoigner à sa stupéfaction faisant foi -  l’horrible drame qu’il aurait causé aurait eu lieu en un moment d’inconscience totale, ce qui l’exculpait de toute responsabilité tout en confirmant les faits dont il était inculpé.

Du beau travail d’avocat, fallait le dire. Les premiers mois Artemisa Emiliano était venu lui rendre visite avec des roses blanches et ses fruits préférés, des raisins et des mandarines,  ce dont à sa surprise elle avait dû s’enquérir.  Elle lui conseilla de se comporter en bon fou, tranquille la plupart du temps, avec une petite crise de temps à autres, pour la frime. A ces crises les psys de l’asile réagissaient en lui faisant ingurgiter des tranquillisants qui le maintenaient en sourdine, tels le temesta et autres psychotropes qui favorisaient l’ensommeillement. Puis, les visites se faisant rares, Ernest se résigna à sa routine d’assisté abruti, alternant les travaux de jardinage et les longues  mastications au réfectoire  en attendant les soirées  télé suivies du dodo rituel. De temps à autres il y avait encore d’autres crises qui – suivant la logique de la routine peut-être – dorénavant lui venaient de manière spontanée.

Hier soir avant de se coucher il avait vu, à travers sa fenêtre, poindre sur l’écran obscur du ciel, une lune rougeâtre,  encadrée de deux nuages gris: la lune de sang, savait-il, annonciatrice d’éclipses et d’événements révélateurs.  Lelendemain ceux-ci ne tarderaient pas.

Vers deux heures de l’après-midi, après le déjeuner aux lentes mastications habituelles, un infirmier lui annonça au réfectoire qu’il avait de la visite. Il le suivit jusqu’au salon des visiteurs où l’attendait  son avocate accompagnée d’une autre jolie dame qui avait la tête recouverte d’un foulard rouge rayé de bleu. Lorsqu’elle l’enleva il la reconnut tout de suite.

-          Lynn!…. serait-elle ressuscitée? …

-          Ernest, je te présente mon amie,  lui dit son avocate

Ernest resta sans paroles.  Les mêmes yeux bleus, la même peau rose, sauf qu’il n’y avait ni joie ni excitation sur son visage. Dans sa tête circulaient à nouveau toutes les images de cette nuit-là. Cette fois dans la version du piège. Le cadavre, déjà mutilé auparavant, habillé par la vraie assassine de ses propres vêtements, déjà amplement impregnés de ses empreintes, traces d’ADN et même de son sperme. L’arme du crime sur laquelle elle aurait imprimé ses empreintes digitales. Ensuite elle aurait remis sa batterie dans sa voiture à lui et serait partie avec la combi jusqu’à la ville la plus proche d’où elle aurait  appelé la police dans une cabine publique où elle aurait pris soin de ne laisser aucune trace de sa présence.  Une diablesse de femme cette Lynn!… Enfin avec un idiot, timide et manquant d’assertivité comme moi, pensa Ernest, elle avait beau jeu. Restait la question de la victime. Il prit la parole avec difficulté:

 

-          Je crois…avoir compris qui… était le vrai… meurtrier,  Mais qui… était la…victime?… Les deux femmes se regardèrent.  L’avocate fit signe à son amie qu’elle pouvait y aller.

-          C’était mon amie… On avait eu une dispute… En fait je ne l’aimais plus. J’en aimais une autre…

-          Artemisa Emiliano?… Lynn jeta de nouveau un regard vers l’avocate, qui l’encouragea d’un hochement de tête…

-          En effet… et mon ex-amie était jalouse.  La matinée avant notre rencontre dans ce bar, elle avait essayé de me tuer dans mon sommeil avec son Opinel.  Je me suis réveillée juste à temps et je me suis emparée de son arme. Au cours de notre lutte je l’ai tuée.

-          Mais comment as-tu pu?…

-          C’était de la légitime défense en fait.

-          Je veux dire…  la mutiler… ainsi.

-          C’était pour la rendre méconnaissable et la faire passer pour moi et puis elle était déjà morte.

-          Mais.. vous l’avez aimée…

-          Quand on n’aime plus la haine remplace la plupart du temps l’amour.

-          Et la victime… n’avait-elle… personne qui pouvait la réclamer?….

-          Elle était orpheline, sans travail, sans frères ni soeurs, ni personne qui aurait pu la faire porter disparue, intervint l’avocate.

-          Le… crime… parfait… donc, dit de plus en plus lentement Ernest, qui sentit monter en lui tremblements, nausées et sueurs froides. Il poursuivit en regardant avec insistance – ce serait la dernière fois, il n’en doutait pas –  le couple criminel qui l’avait piégé… tout ça… pour…filer…le parfait…amour…

 

Sur quoi vint la crise.  L’avocate observant le fil de salive qui lui échappait de la commissure des lèvres et les convulsions de plus en plus fortes auxquelles Ernest Scribouille dut s’abandonner,  appela l’infirmier qui le dégagea en catastrophe jusqu’à sa chambre où il lui fit une injection calmante.  Lorsqu’il reprit ses esprit quelques heures plus tard, Ernest se mit à réfléchir sur l’étrangeté de ces aveux tardifs. Il paraissait que souvent les criminels ne pouvaient résister au retour sur le lieu du crime. Probablement que les deux femmes en éprouvaient une sorte de plaisir. Va-t-on savoir!… Peut-être même qu’il aurait dû leur proposer un trio, mais ça aurait  alors été vraiment un  excès de politesse.

 

Publié dans : ||le 20 avril, 2014 |Pas de Commentaires »

Laisser un commentaire

le blog de jeanluke |
Le jeux Lyrique |
My wOrld |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | poesymymy
| La joie de vivre c'est le b...
| L'ATELIER-CAFE de Flor...